Remembering Lebanon - Mémoire du Liban

2/06/2006

Il faudra du temps pour effacer les traces de la destruction à Tabaris

Arrestation de plus de 300 personnes impliquées dans les émeutes
Il faudra du temps pour effacer les traces de la destruction à Tabaris


Dès le matin hier, les habitants et les commerçants d’Achrafieh, dont voitures et entreprises ont été saccagées par les vandales dimanche, se sont mis à estomper, autant que faire se peut, les traces de la destruction, même si la restauration du centre Tabaris 812, qui constituait jusqu’à dimanche matin l’un des bâtiments élégants de la zone, prendra du temps. Calciné, il est semblable à une plaie béante, au cœur d’Achrafieh. Les émeutiers qui avaient pris d’assaut le secteur Tabaris avaient mis le feu au bâtiment après avoir volé et cassé le matériel des entreprises qu’il abrite. Selon une première estimation, la restauration du centre nécessite un minimum de dix millions de dollars.
Concernant l’enquête, plus de 300 personnes ont été interpellées par l’armée et la police. Les perquisitions se poursuivent à la recherche d’autres personnes impliquées dans ces émeutes.
Les FSI ont fait état de l’interpellation de 174 personnes, dont 76 Syriens, 35 Palestiniens et 25 bédouins apatrides. L’armée a pour sa part indiqué dans un communiqué avoir procédé à l’arrestation de 160 personnes.
La Direction générale de l’armée a souligné dans un communiqué que « les recherches menées par la Sûreté de l’État ont permis de connaître les noms d’un grand nombre de personnes ayant pris part aux émeutes de dimanche. Les enquêteurs ont procédé hier à l’arrestation d’un Palestinien, de deux Syriens et de quatre Libanais ». Le texte souligne également que « l’armée continue son enquête en poursuivant des émeutiers et en perquisitionnant les locaux où ils se trouvent ».
La Direction générale de l’armée a également appelé dans un communiqué les habitants et les commerçants d’Achrafieh touchés par les actes de vandalisme de se présenter auprès d’un comité chargé de l’évaluation des dégâts. Ce comité conjoint, constitué de représentants de l’armée et du haut comité de secours, recevra les dépositions à partir d’aujourd’hui mardi jusqu’au samedi 11 février, de 8 heures à 17 heures. Il a élu domicile au premier étage de l’immeuble Samaha en face du centre Sofil, avenue Fouad Chéhab. Le communiqué précise que la Direction générale de l’armée met à la disposition des citoyens touchés par les actes de vandalisme les numéros suivants : (01) 330681 et (03)517173.
La Chambre de commerce de Beyrouth a pris aussi l’initiative de dédommager les propriétaires des voitures saccagées. Ces derniers peuvent déposer des plaintes auprès des moukhtars des secteurs touchés par les émeutes.
De son côté, le Mouvement du futur a annoncé le lancement d’une campagne de solidarité avec les habitants d’Achrafieh. Elle servira à la collecte de fonds, notamment auprès de personnalités et d’organisations musulmanes, pour indemniser entreprises et personnes victimes des actes de vandalisme. Cette campagne, qui sera lancée jeudi à travers la Future et Radio-Orient à l’initiative du député Saad Hariri, a notamment pour but de démontrer que les Libanais de toutes les communautés sont solidaires et que Beyrouth est une ville indivisible, précise un communiqué du mouvement.

Une vingtaine d’entreprises détruites

Mais hier dans les secteurs touchés par les émeutes, la plupart des habitants ainsi que des employés et des chefs d’entreprise lésés étaient loin de rendre hommage ou même de mentionner ces initiatives. C’est qu’ils ont passé leur journée à effectuer des réparations ou – notamment au centre Tabaris 812 – à évaluer les dégâts.
Tout au long de la matinée, les automobilistes ralentissaient en empruntant l’avenue Charles Malek, au niveau du bâtiment qui abritait le bureau de représentation de l’ambassade du Danemark.
L’intérieur du centre Tabaris 812 offre une scène encore plus désolante que celle de la façade calcinée : le feu a dévoré 5 étages du bloc A, 4 étages du bloc B et tout le bloc C. Une vingtaine d’entreprises, notamment la Banque Lati, Booz Allen Hamilton, Intermarkets, Team Y&R, Asdaa, Media Edge, ont été complètement détruites.
On ne voit que des murs noirs, des carasses d’escaliers roulants et de cadres de portes en fer. La chaleur des flammes a décollé les blocs de granite qui servaient au revêtement du sol.
Selon les propriétaires et les employés des entreprises, les émeutiers sont arrivés avec des chalumeaux, servant à découper le fer, et des bonbonnes d’oxygène. Ils ont volé le matériel des compagnies. Et ils ont saccagé ce qu’ils n’ont pas pu emporter. D’ailleurs, chaque porte d’ascenseur au centre Tabaris 812 porte la trace de matraques. Les émeutiers ont versé plusieurs bidons d’essence dans divers endroits du bâtiment pour qu’il prenne rapidement feu.
Rainier Jreissati, copropriétaire de l’immeuble et patron d’entreprises situées au centre Tabaris 812, précise que les assurances ne couvrent pas les émeutes et la guerre. Il se dit « très surpris de ne pas voir des personnalités venir inspecter les dégâts et nous soutenir ». « J’aurais aimé que le Premier ministre vienne chez nous. Il s’est bien rendu auprès des responsables religieux d’Achrafieh», indique-t-il. Malgré les lourds dégâts, Jreissati tient à reconstruire le centre. « Si nous commençons demain, il nous faudra un minimum de six mois », dit-il.
Debout devant ce qui faisait l’entrée d’Intermarkets, Talal Makdessy, PDG, précise qu’il employait 96 personnes. Lui aussi tient à reprendre le travail au plus vite.
De son côté, Joseph Lati, PDG de la Banque Lati, dont le siège se trouvait au centre Tabaris 812, a précisé dans un communiqué que malgré les événements de dimanche, la volonté de reconstruction des Libanais reste plus grande que tout.
Hier, devant le centre, beaucoup d’employés des entreprises qui n’ont pas été complètement détruites par les flammes s’affairaient à transporter ce qui a été épargné par les coups de matraques, notamment des claviers, des écrans et des documents.
Certains d’entre eux lançaient qu’il « ne faut pas annoncer que le bureau de représentation du consulat du Danemark a été épargné, de peur que les émeutiers reviennent ». D’autres se demandaient « pourquoi la police, qui était au courant de la manifestation, n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le bâtiment ».

Montrer son extrait d’état civil
Un peu plus loin, au secteur Saint-Nicolas, la devanture d’un nouveau restaurant a été saccagée. Eddy, un employé, précise : « Les émeutiers ont été excités à la vue de bouteilles d’alcool au bar. Ils se sont acharnés contre la vitrine, la lapidant. Si Samer n’était pas intervenu, ils auraient brûlé le restaurant. »
Samer est le chef cuisinier. D’emblée il donne son nom et son village d’origine. Et à ceux qui ne comprennent pas, il précise : « Je suis musulman, et dimanche, je suis sorti avec mon extrait d’état civil (où l’on précise la communauté religieuse) pour le montrer aux émeutiers, leur prouver que je suis sunnite afin qu’ils épargnent le restaurant. »
Dans le même quartier, Georges, qui arbore une longue barbe, indique : « Si dimanche nous n’avons pas riposté, cela ne veut pas dire qu’à la prochaine provocation nous resterons les bras croisés. » « J’ai entendu les émeutiers insulter les femmes sorties aux balcons. Ils blasphémaient. Ils sont venus avec un stock de battes, de pierres, de bouteilles vides et de cocktails Molotov. C’est sous mes yeux qu’ils ont brûlé une jeep de l’armée, raconte-t-il. Ils ont tabassé mon ami Serge, le traitant, je ne sais pas pour quelles raisons, de sale juif. J’ai tenté de le protéger en prétendant que je faisais partie d’eux, grâce à ma barbe. S’ils avaient vu la croix que j’ai sous mon pull, j’aurais été passé à tabac moi aussi. » Georges joint le geste à la parole en montrant un chapelet en bois qu’il porte autour du cou.
Avec son ami Jade, ils parlent d’autosécurité et estiment qu’il faut peut-être porter des armes pour se protéger.
Élie est coiffeur. Il indique qu’il aurait « aimé marcher avec les musulmans pour protester contre les caricatures danoises ». Il en veut surtout aux FSI et à l’armée. Il raconte : « Dimanche vers 9 heures 30, j’ai vu un manifestant provoquer un soldat en le bousculant et en lui disant : “Tire-moi dessus”. Le soldat lui a répondu : “Ils ne nous ont pas donné l’ordre de tirer”. » Élie fait le décompte des jeeps militaires incendiées et évoque les soldats et les policiers qui ont trouvé refuge dans les entrées des immeubles et des parkings. « Ils sont incapables de nous protéger. Il faut que nous trouvions d’autres solutions », dit-il.
Un homme présent au salon de coiffure et habitant le quartier rend hommage aux cheikhs musulmans. « Quand ils ont compris qu’ils ne pouvaient plus contenir les manifestants, beaucoup d’entre eux se sont mis devant les entrées des immeubles pour empêcher les émeutiers d’y pénétrer. Ils ont même lancé des appels à la prière, vers midi, pour amener la foule vers la mosquée Mohammad el-Amine au centre-ville, l’éloignant ainsi de Tabaris. En vain. » Il estime aussi que « si un chrétien avait décidé de riposter en tirant sur les émeutiers, le pays aurait été entraîné probablement dans la guerre ». Il n’est pas le seul à être de cet avis.
Même si un bon nombre d’entre eux tiennent un discours modéré, les habitants d’Achrafieh sont toujours sous le choc des émeutes de dimanche. Ils se disent « agressés et violés ». Il faut certes plus que de bonnes initiatives relatives au dédommagement pour que les habitants d’Achrafieh parviennent à se sentir à nouveau en sécurité.

Patricia KHODER, L'orient-Le Jour, 7/2/06

2 Comments:

  • si je pense que j'ai besoin d'une psychanalyse très profonde et recycler vous mal

    By Anonymous Anonymous, at 10:40 AM  

  • L'armée a également demandé dans une déclaration commerçants et les résidents touchés par le vandalisme Achrafieh à comparaître devant un comité pour évaluer les dégâts.

    By Anonymous viagra without prescription, at 10:43 AM  

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