Remembering Lebanon - Mémoire du Liban

9/27/2005

Quand l’esprit de résistance est plus fort que les horreurs de l’occupation

Quand l’esprit de résistance est plus fort que les horreurs de l’occupation
La villa Philippe Raymond Jabre, ancien siège des SR syriens au Metn, se remet à vivre
L'article de Patricia KHODER
L'Orient-Le Jour, 27/9/2005La villa Philippe Raymond Jabre, au Bois de Boulogne, qui avait abrité le quartier général des services de renseignements syriens pour le Metn, de septembre 1978 jusqu’à mars 2005, respire à nouveau la vie.

Avant son occupation par les troupes de Damas, la villa protégeait le bonheur d’une famille unie. Après avoir été témoin durant 28 ans de la souffrance et de l’humiliation d’un peuple, la résidence a accueilli à nouveau, récemment, l’espace d’une messe et d’un déjeuner, ceux qui l’avaient habitée depuis sa construction à la fin des années quarante, leurs enfants, petits-enfants, parents proches, amis et voisins du Bois de Boulogne. Bref, ceux qui étaient là avant l’occupation. La villa et son jardin, l’espace que beaucoup ont craint durant 28 ans, sont redevenus accueillants, rassurants. Un grand drapeau libanais flotte désormais à l’entrée de la résidence.

Les croyants compareront l’histoire de la villa au symbolisme de la Résurrection. D’ailleurs, c’était bien le thème de l’homélie du père Antoine Achkar, qui a célébré la messe. D’autres verront plus communément la force de la vie qui prend le dessus sur la mort, la foi en un avenir meilleur, ou tout simplement la preuve – encore une – de la capacité de résistance d’une famille, d’un peuple, face à l’occupation. La preuve que rien ne dure éternellement.

Il faudra environ trois ans pour que la villa Philippe Raymond Jabre soit entièrement restaurée. Mais déjà les travaux y ont été entamés, faisant d’elle la première résidence à retrouver, tant soit peu, l’allure qu’elle avait avant l’occupation, et ce grâce à l’initiative et la volonté de son propriétaire, Philippe.

Il a fallu plus de quatre mois pour nettoyer entièrement la villa et son jardin. Le bâtiment a été ensuite ensablé de l’extérieur ; les pierres ont retrouvé leur belle couleur blanche. Dans le jardin, 150 pins ont été plantés.

Bien qu’il lui faille encore beaucoup pour qu’elle regagne sa splendeur d’antan, la villa Jabre, ancien quartier général des SR syriens, est méconnaissable.

C’est avec beaucoup d’émotion et les yeux noyés de larmes que les membres de la famille et les amis ont retrouvé la bâtisse après le retrait syrien.

« Nous avons habité la maison 29 ans, les Syriens 28 »

Il n’est certes pas facile de se retrouver dans un endroit chargé de souvenirs et dont on a été privé durant 28 ans, surtout quand des membres de la famille qui se sont sacrifiés pour préserver la terre ne sont plus physiquement présents pour faire partie de la fête.

Michel Jabre, le frère de Philippe et le fils de Raymond, est mort en martyr, avec six de ses camarades, le 29 septembre 1976, au tout début de la guerre, sur les barricades, à Tarchich, non loin de là. Il avait 20 ans.

Victor Jabre, l’oncle de Philippe, a péri il y a quelques années. Il s’était marié avant la guerre dans les jardins de la résidence. En septembre 1978, lors de l’entrée des troupes de Damas dans la région, il était au Bois de Boulogne, dans la villa voisine, celle de son frère François, qui a été elle aussi occupée par l’armée syrienne et qui est également en cours de restauration. Le jour où les Syriens avaient investi les lieux, ils voulaient le fusiller sous un arbre du jardin. Il avait échappé à la mort par miracle.

Son épouse, Arlette, possède de vieilles photos qui permettent de retrouver le bonheur passé. Au cours de l’occupation, elle s’était rendue une fois dans la villa. « Je voulais montrer la résidence à mes enfants…Les soldats étaient présents et ils avaient mis des cloisons à la place des portes, bloqué des corridors… Alors je leur ai montré les véritables chemins à l’intérieur de la villa, ils n’étaient pas très satisfaits », raconte-t-elle.

Carla François Jabre, qui a grandi dans la villa voisine, se souvient : « Nous étions sept enfants à jouer dans cette résidence. C’est la maison de mon grand-père. Nous ne partions pas en voyage pour l’été. Nous restions là au Bois de Boulogne. » Celle qui habite actuellement les États-Unis poursuit : « Il y avait les randonnées à bicyclette, les célébrations du 15 août, les bals des enfants au Château du bois. Nous faisions souvent de la marche jusqu’à la place du Bois de Boulogne. Une fois par semaine nous allions à Khonchara pour remplir des cruches d’eau potable, nous nous rendions chez Haoui à Dhour el-Choueir pour déguster du chocolat mou. Ce café-trottoir n’existe plus…» Mais comme pour s’empêcher de se lamenter sur le passé, elle indique : « J’ai toujours su qu’ils allaient partir un jour. Je n’ai jamais perdu espoir. »

Son père François pense à la restauration. Depuis le départ des Syriens, il se rend trois fois par semaine dans sa propre villa. « Tout est à refaire, il ne reste plus rien que les murs et le plafond. Le chantier a déjà commencé », indique-t-il.

Raymond Jabre, qui a légué il y a trois ans – avant le départ des Syriens – la propriété à son fils, regarde pensif le grand jardin. « Durant 28 ans, ils avaient dissimulé leurs tanks ici, il y en avait une douzaine, indique-t-il. Ils ont brûlé et coupé les arbres. Plus de 600 pommiers ont été utilisés comme bois de chauffage… Il n’y a plus que la carcasse de la villa. En 28 ans, je me suis rendu trois fois à la maison, j’ai été dégoûté... À plusieurs reprises, ils nous avaient promis de quitter les lieux, en vain. C’est l’assassinat de Rafic Hariri qui les a obligés de partir. Nous avons habité la maison durant 29 ans, les Syriens, eux, l’ont occupée 28 ans », conclut-il.

« C’est ma maison et elle n’est pas celle de la mort »

Philippe Jabre, la quarantaine, évoque lui aussi les périodes presque égales où, tour à tour, sa famille et les troupes de Damas ont occupé les lieux. Établi à Londres et père de quatre enfants, il se tourne vers l’avenir. Il parle de « passation de flambeau » : la villa a été construite par son grand-père Michel en 1947. Ce dernier était parti en Amérique latine puis en Afrique, avant de rentrer au Liban.

Philippe Jabre, comme le reste de sa famille, ne tient pas superficiellement aux pierres de la façade ou aux arbres du jardin. Il va au-delà de tout ça et parle de « racines, d’histoire familiale ». Et le fait que la maison ait servi de quartier général des SR syriens ne fait probablement qu’augmenter sa volonté de la reconstruire, pour qu’elle abrite à nouveau le bonheur de sa famille.

« Quand je suis arrivé à la villa, après le départ des Syriens, une phrase qu’ils avaient inscrite sur un mur m’a frappé : “Nous sommes les hommes de la mort”. C’est ici que j’ai grandi, c’est ma maison : elle n’est pas celle des ténèbres. Et il est impensable que l’on permette à des personnes qui sont restées là durant 28 ans de nous vaincre », dit-il, résolu.

Il reconnaît que, durant la présence syrienne, la villa a été témoin de beaucoup de souffrance, « de toute la cruauté des hommes ». D’ailleurs, avant d’entamer la restauration, il a eu peur de découvrir un charnier. Il avait donc décidé de fouiller le jardin. « Nous n’avons trouvé aucun ossement. Les dossiers trouvés dans la villa et les inscriptions sur les murs de ce qui servait de cellules de prison seront documentés », indique-t-il.

Le propriétaire de la résidence ne veut pas oublier le passé. Il veut tout simplement tourner la page pour que la villa reprenne sa splendeur d’antan.

Et c’est en partie à cause des souffrances dont la villa a été témoin que Philippe Jabre et son épouse Zaza ont tenu à célébrer une messe pour marquer le début d’un nouvel avenir.

D’autres initiatives ont été prises. Le jardin de la résidence servira plus tard à des activités sociales et caritatives. L’infrastructure pour la réussite de ces activités existe déjà à travers l’Association Philippe Jabre (APJ) qui assure des aides universitaires, institutionnelles et socio-médicales.

Durant l’été, des scouts ont campé dans une partie du jardin. « Ce sont les jeunes et les enfants qui ramèneront un souffle de pureté à la villa, témoin de tant de souffrances. Plus tard, des colonies de vacances seront proposées », indique Zaza Jabre.

« J’ai vu les murs et les gens revivre »

À l’instar de tous les propriétaires de la région, la famille Jabre a rêvé du moment où elle récupérerait l’espace qui lui avait été ôté. Ce n’est que quelques jours après l’évacuation qu’elle s’est rendu compte, comme beaucoup d’autres Libanais, de l’ampleur des humiliations, des souffrances et des horreurs que les soldats syriens avaient infligées à des milliers de Libanais détenus dans la résidence.

Pour la famille, l’espace qui était chargé de bons souvenirs s’est transformé en un endroit qui représentait désormais « trop de malheurs pour beaucoup de gens ». Les propriétaires ont pris la décision d’inverser la vapeur. Et pour que la villa abrite à nouveau le bonheur, il fallait penser aux enfants, seuls capables de transformer les choses. C’est pour cette raison que les scouts ont été invités à camper à la villa Jabre, dès que le jardin avait été nettoyé.

Claude Jabre Issa, la sœur de Philippe, a été la première à entrer dans la villa après le départ des Syriens, le 13 mars dernier. « Ils venaient de quitter les lieux. J’avais la jambe plâtrée et je me déplaçais à l’aide de béquilles », dit-elle. Tout le long de l’occupation syrienne, Claude n’est jamais entrée dans la villa.

Pour elle, en 1978, l’occupation de la résidence était une affaire secondaire : « Mon frère Michel est mort deux ans auparavant, le 29 septembre 1976, non loin d’ici…Quand on perd des personnes qu’on aime, les choses matérielles deviennent complètement secondaires », ajoute-t-elle.

« Avant le décès de Michel, la villa était témoin de beaucoup de bonheur. Il aimait tant cet endroit », indique Claude Jabre.

Nagy Khoury, ancien ami de Michel qui a péri sur les barricades, n’avait pas mis les pieds dans cette résidence « depuis 1976 ». Il évoque ses souvenirs, les plus beaux. « Nous avions peut-être 18 ans. C’était durant les années soixante-dix. Michel avait décidé d’organiser un bal à thème. Nous devions nous présenter habillés en châtelains du XVIIe siècle. Nous étions six couples. Il y avait un voiturier, un crieur, un dîner assis, de la valse… Tout ça pour douze personnes », raconte-t-il.

Nagy Khoury a visité les lieux évacués par les Syriens avec beaucoup d’émotion. « J’ai revu Michel assis dans le petit salon en train de parler au téléphone », dit-il. Même si l’endroit a été saccagé et même si beaucoup de temps est passé depuis sa dernière visite, Nagy a vu « les murs et les gens revivre ».

Il est de ces endroits, même témoins des pires atrocités, qui ne peuvent pas être souillés ou qui peuvent être facilement purifiés. Il suffit que les personnes qui les possèdent soient armées d’amour et de foi. C’est le cas des propriétaires de la villa Jabre, ceux qui l’ont construite et habitée et non ceux qui l’ont occupée.

Un cèdre que Michel Jabre avait planté il y a plus de trente ans veille toujours sur la villa. Malgré les humiliations et les horreurs, l’arbre, symbole de tout un pays, est toujours vivant.

De septembre 1978 jusqu’à mars 2005, les habitants de la région passaient devant la villa Jabre, le profil bas et la peur au ventre. Ceci fait désormais partie du passé.

9/16/2005

EACH OF YOU IS AN AVENGER

EACH OF YOU IS AN AVENGER
Account of a Lebanese Forces member who took part in S&S massacre

(Original Source: The German weekly, Der Spiegel, issue # 7, February 14, 1983 - The article was entitled 'Each Of You Is An Avenger'. Translated from Amnon Kapliouk: Enqette sur un massacre: From the election of Bashir Gemayel, to his assassination, to Sabra & Shatila massacres, - Arabic version with additions. - Translated & published by: Al-Dar Al-Taqdimiyah, Beirut, September 1984)

We met in Wadi Shahrur, Southeast of Beirut. It was Wednesday, the 15th of September, after our leader Bashir Gemayel was assassinated. We were approximately 300 men from East Beirut, South Lebanon and the Akkar mountains in the north. We were all members of the Kataeb party. We were wearing the Kataeb uniform, and so were those who belonged, like myself, to the Tiger Militia of ex-President Camille Chamoun.

Kataeb officers summoned us and brought us to the meeting place. They told us that they needed us for a 'special mission.' Of what they said to us: ‘You came here by your own will to avenge the horrible murder of Bashir Gemayel. You are God’s agents, each of you is an avenger!'

This speech moved me. I had lost two of my siblings when the Palestinians attacked Damour in 1976. And from the conversations I had with my comrades, It became clear to me that most of them also had lost relatives.

A dozen Israelis in green uniforms without indication of rank came along. They had maps with them and spoke Arabic well, except that like all Jews, they pronounced the hard 'h' as 'kh.'

It had to do the Palestinian camps of Sabra and Shatila. We had to study the maps for long hours. This was wasted time as it was clear to us what we were to do and we were looking forward to it.

Our officers told us that we had a noble mission to accomplish - that is liberating Lebanon of its last remaining enemies. We had to mop up the two camps and capture all men capable of fighting. We felt very proud of this.

On the noon of the next day (Thursday), our group met again. We had to take an oath never to divulge anything about our action. At about 10 p.m., we climbed into an American army truck that the Israelis had put at our disposal. We parked the vehicle near the airport rond point. There, right next to the Israeli posts, several such trucks were already parked. These trucks were later used to transport the Palestinian prisoners.

Some Israelis in kataeb uniforms were with the party (with us). Our officers had told us that "the Israeli friends who will accompany you are also volunteers, they haven’t said anything to their army about their involvement with us…they will make your work easier."

They directed us not to make use of our firearms as much as possible, for everything must proceed noiselessly. They said that they expect us back in 3 hours.

There was a Kataebi officer (liaison officer) at the entrance of the camp securing the communications with the Israelis. We were led afterwards by a masked man to a slope near the deserted Kuweiti embassy.

“Jump!” ordered a voice behind me. Next to the wall, which we had jumped over, was a small house with a tin roof. We forcibly opened the door. Inside it there were an old man and women, and 2 boys, aged 15 and 16. They were listening to the radio. We pointed our machine guns at them and searched the place for weapons.

One of the boys seemed insolent; he yelled at us: “Dogs of the Jews.”

He thought he was courageous, the lowlife, so we struck him in his heart with the bayonet (spear of the gun). This happened quickly and without noise, as we’d been ordered, but we couldn’t prevent the horrific screams of the old couple and the remaining guy, despite the fact that we didn’t harm them. Two of our comrades led them out towards the trucks. I don’t know if they’ve reached there…

We saw other comrades. They had followed the instructions & done their work noiselessly without shooting but with the use of bayonets & knives. Bloody corpses were lying in the alleys…

The terrified women and the children who were crying out of help obstructed our work as their screams alarmed the camp residents.

Suddenly, we heard shots, as there were armed Palestinians at the northern section of Shatila camp. They were shooting at us, with Bazoukas too. One of my comrades lost his right arm, and we had to retreat. The idea of accomplishing the mission in 3 hours became unfeasible.

Now I saw once again the Israeli advisors who had been at our secret meeting. One of them had a walkie-talkie; he signaled us to move back to areas of the camp entrance. Few minutes later, the Israelis started shelling the camp. We moved forward again (into the camp). The Israelis helped us with flares so that we can distinguish between the enemy and the friend.

There were shocking scenes that showed what the Palestinians were capable of. A few armed men, including women, had hid in a small alley, in the northern section of the camp, behind some donkeys. Unfortunately, we had to shoot down these poor animals to finish off the Palestinians behind them. It got to me when the animals cried out in pain. It was gruesome.

And to believe what kind of people are these Palestinians: a wounded comrade, looking for bandages, entered a house full of women and children. The Palestinians screamed in his face and threw their gas stoves on the ground and burnt the house in order to prevent him from finding bandages.

We will send those hard-hearted rabble to hell.

At about 4 (AM) my squad went back towards the trucks. Only one truck has been used…(it was understood from this that there had been no prisoners, but that the prisoners were killed).

We went to Haddath to spend the night, at dawn (when there was morning light – in Ralph’s translation); we went back into the camp. We went past bodies, stumbled over bodies, shot and stabbed all eyewitnesses. Killing was very easy once you have done it before.

Now came the first Israeli army bulldozers. One of the Kataeb officers ordered: "Plow everything under the ground. Don't leave any witnesses alive. Things must be done very quickly."

He could stay whatever he wanted. Didn’t he see the magnitude of the task?

Despite our efforts the camp was still crowded with people. We could hear shooting from all directions. The people there were fending for themselves. They ran about and caused awful confusion. The Order to "plow them under" demanded too much.

We have avenged the deaths of our civil war victims. But Saturday night, it became clear that our “beautiful” plan had failed. Thousands of Palestinians had escaped us. Far too many Palestinian enemies are still alive. Everywhere now people are talking about a massacre; and feeling sorry for the Palestinians, who had forced us to do this!

Who appreciates the hardships that we took upon ourselves for a just cause? Just imagine this: I fought once for twenty-four hours in Shatila camp without food or drink!!