Remembering Lebanon - Mémoire du Liban

8/29/2005

Assad: 'No Syrian Officer Put a Gun to Hariri's Head. I Never Threatened Him'

"I never threatened him and no Syrian intelligence officer had ever pointed a gun to his head," says president Assad about the last meeting he held in Damascus with Lebanese Prime Minister Rafik Hariri in connection with a Syrian decision to extend President Lahoud's term in office by three extra years.
The Syrian president also made it plain that he has given the green light to U.N. investigator Detlev Mehlis to question 5 Syrian officials face-to-face on the basis that Syria would be absolved from guilt. Otherwise, the verdict of the German prosecutor would be viewed as 'falsified' under western political pressure.

Two main sources reported that Assad did threaten Hariri in the Damascus meeting because Hariri argued against the Lahoud extension. The first was Walid Jumblat, Hariri's closest political ally, and Lara Marlow, the roving correspondent of Ireland's radio and television.

The Druze leader said Hariri had personally told him of the threat. "If you and Jumblat think that Chirac can get me out of Lebanon, I assure you that I will destroy Lebanon off the face of earth before I leave," Hariri said, according to Jumblat.

Lara Marlow said Hariri told her of Assad's threat a week before he was assassinated in a massive bombing attack that shredded his motorcade on a seaside Beirut boulevard Feb. 14. He had then resigned office in protest against the Lahoud extension, which was dictated virtually at gunpoint on the Lebanese Parliament by Syria's military intelligence apparatus.

"Mr. Hariri asked me in my last interview with him not to report his revelation of the Assad threat unless something happens to him," Marlow reported. "Now that he is killed, I am duty bound to disclose that Assad had made a life threat to Hariri before his assassination. Mr. Hariri told me about it."

Assad made his denial of the threat in an interview with the German magazine Der Spiegel, the full text of which was published Monday, a day after the weekly made excerpts available to the international press, giving U.N. investigator Detlev Mehlis, a Berlin prosecutor, the green light to interrogate face-to-face five senior Syrian officers in connection with the Hariri murder.

"Some had even said that I threatened him. Others maintained a security official put a gun to his head. This is ridiculous," Assad said.

"We are showing complete cooperation. We are interested in the investigation because we are convinced we will be cleared -- that is unless the results are falsified for political reasons," Assad said.

Asked whether he could really be sure that Syrian secret services or other compatriots were not involved, Assad said: "I am completely sure. Such an act would require the co-operation of many people and institutions. Had this been the case we would have known about it."

He said he had not attended Hariri's funeral because of the allegations that Syria engineered his murder.

"Why would Syria kill someone with whom there were no differences. That makes no sense. In actual fact we Syrians are the ones who have been the most disadvantaged by this affair," Assad said.
Assad pledged that Mehlis could speak with any Syrian he wanted to in his investigation, according to the interview.

"I have said that everyone with whom he wants to speak is permitted to give testimony. That is in my interest, and in the interest of Syria."(source Naharnet-AP)



Beirut, Updated 29 Aug 05, 10:22

8/16/2005

Une tardive « découverte »

Un jour Jacques Chirac, tel saint Paul sur le chemin de Damas, eut une brusque illumination : il s'aperçut que l'armée syrienne occupait le Liban. Il y avait pourtant des lustres que les légions d'Assad père ou fils imposaient au pays du Cèdre une pax syriana brutale et intéressée. Que la Syrie mettait son voisin en coupe réglée, nommait présidents, ministres, députés ou simples fonctionnaires en envoyant ad patres ceux qui s'opposaient à ses desseins prédateurs. Mais tout le monde semblait s'accommoder de cette situation par crainte d'une reprise de la guerre. Les Israéliens eux-mêmes préféraient - et préfèrent toujours - avoir à leur frontière une armée régulière responsable et capable, notamment, de contrôler le Hezbollah plutôt que des milices laissées à elles-mêmes.


La France officielle rappelait rituellement son attachement à l'indépendance et à la souveraineté du Liban. Les historiens évoquaient de temps en temps les mânes de Saint Louis, de François Ier, de Louis XIV ou de Charles de Gaulle, qui, au fil des siècles, réaffirmèrent leur volonté de protéger le Liban. Mais la realpolitik dominait. Paris, bon gré mal gré, dut avaler, ces vingt-cinq dernières années, des quantités industrielles de couleuvres : l'assassinat de son ambassadeur Louis Delamare le 4 septembre 1981 près de la résidence des Pins, l'attentat contre sa chancellerie en mai 1982 (11 morts), celui contre l'immeuble Drakkar le 23 octobre 1983 (58 parachutistes tués)...

Jusqu'à l'an dernier, la France détournait pudiquement les yeux. Jacques Chirac semblait alors partager l'analyse de son ami Rafic Hariri : il fallait d'abord reconstruire le Liban, élargir ses espaces de liberté, ses marges de souveraineté et obtenir en douceur des Syriens qu'ils allègent leur pesante tutelle. Un vent d'espoir souffla lors de la mort de Hafez el-Assad. Le « Bismarck du Proche-Orient », éternel stratège de l'ambiguïté, était enfermé dans un univers autistique incapable d'évoluer. Mais peut-être son fils Bachar ferait-il bouger le système ? C'est du moins ce que l'on espérait à Paris. Jacques Chirac fut, ainsi, le premier à recevoir l'héritier en grande pompe.

Mais l'espérance d'une perestroïka à la syrienne se dissipa aussi vite que les brumes certains matins d'automne à Damas. Le régime ossifié était manifestement dans l'impossibilité de se réformer. Ses dirigeants ne paraissaient pas avoir pris la mesure des changements intervenus aux Proche et Moyen-Orient depuis la chute du mur de Berlin et la guerre d'Irak. Rafic Hariri, naguère encore soucieux de ménager la Syrie, avait entrepris avant sa mort de prendre la tête de l'opposition libanaise. Soucieuse de normaliser ses relations avec les Etats-Unis, la France fut donc le poisson pilote de la résolution 1559, qui réclamait le départ des troupes syriennes. Le Liban était devenu le terrain privilégié du rapprochement franco-américain. Jusqu'à un certain point.

Car Paris, contrairement à Washington, considère qu'il serait dangereux d'exclure le Hezbollah du jeu politique libanais. Et, surtout, la France n'entend pas se mêler des affaires intérieures syriennes. En d'autres termes : encourager le renversement du régime alaouite. Deux lignes rouges qui constituent la démarcation entre la France et l'Amérique sur le dossier libanais

Pierre Beylau

le point, 24/03/05

8/10/2005

KURDISTAN d'IRAK : Un appel au secours des Chrétiens

Ils sont peut-être un million en Irak -- et entre 100.000 et 200.000 au Kurdistan, dans le nord du pays, dans cette région où la présence chrétienne remonte à la fin du 4° siècle. Depuis 30 ans leur situation n’a cessé de se détériorer: victimes de la répression qui a suivi le soulèvement du général Barzani en 1962, ils ont doublement souffert, comme Kurdes -- ou habitants du Kurdistan -- et comme chrétiens. Aujourd’hui, le Kurdistan irakien étant “de facto” séparé du reste de l’Irak, les Chrétiens du Kurdistan connaissent les mêmes difficultés économiques que les autres Kurdes, avec, en plus, la difficulté de vivre dans un milieu musulman, et le sentiment d’être abandonné par la hiérarchie. Conséquence: ils émigrent. Cette émigration s’est faite en deux temps: dans un premier temps, les campagnes ont été “vidées” de leur population -- chrétienne ou musulmane -- par l’armée. Et dans un deuxième temps, ce sont les villes qui perdent leur population chrétienne, qui émigre vers Bagdad, et surtout vers l’étranger.

Dans le diocèse de Zakho -- l’un des deux diocèses du Badinan, avec celui d’Amadia -- 30 villages chaldéens et 40 églises ont été rasés: en dehors des villes de Zakho et de Dohok, il ne reste plus que cinq villages! Des églises très anciennes, certaines de plus de 10 siècles, ont été détruites, et d’autres, comme celle de Beidar, à la périphérie de Zakho, sont dans un état lamentable: après avoir été utilisée comme cantonnement par l’armée irakienne jusqu’au printemps 1991, elle sert aujourd’hui ... d’étable.

Le village de Sheranesh, à une vingtaine de kilomètres de Zakho, illustre la tragédie de ces familles chrétiennes du Kurdistan: environ 85 familles vivaient dans ce village qui possédait deux églises, dont l’une, vieille de plus de mille ans, était l’une des plus anciennes du Kurdistan. Après le soulèvement de 1962, à cause de l’insécurité, et pour des raisons économiques -- manque de terres, manque d’emplois -- les jeunes partirent s’établir à Zakho, Mossoul et Bagdad. En 1976, après l’effondrement du mouvement du général Barzani, l’armée a chassé les derniers habitants et rasé le village, dans le cadre d’une politique de “terre brûlée”, pour empêcher les “pechmergas” d’y trouver abri et nourriture: aujourd’hui, Sheranesh n’est plus qu’un amoncellement de ruines, et 350 familles issues de ce seul village vivent en Irak ou à l’étranger, dont six familles au Canada, et 420 personnes en Australie.

Grace au travail du père Petros Harboli, curé de la paroisse chaldéenne de Sainte-Marie, qui a recueilli des données statistiques très rares dans ce pays, on peut suivre l’évolution de la population chrétienne de Zakho. Zakho a bénéficié dans un premier temps de cette émigration des campagnes vers les villes: la population de sa paroisse est en effet passée de 810 personnes en 1975 à 1.314 personnes en 1976 et à un peu plus de 2.000 personnes en 1984, oscillant ensuite autour de 2.400. Mais en 1991 on assiste à une chute de la population, qui tombe à 1947 personnes -- avec 360 départs à l’étranger. On observe la même évolution dans la paroisse de l’église-cathédrale du père Paulos, où la population est passée de 855 personnes en 1975 à 1.500 en 1987, pour retomber à 1.168 en 1991. Les deux petites paroisses arménienne (174 familles en 1991) et syrienne catholique (32 familles en 1991) ont également vu leurs populations fondre ces dernières années. “Presque tous les Chrétiens ne pensent qu’à aller vivre à l’étranger -- c’est un rêve”, remarque avec tristesse un de leurs leaders.

Beaucoup de ces candidats à l’émigration sont aujourd’hui en transit, en Turquie, où plusieurs centaines d’entre eux vivent dans des conditions lamentables dans un camp, près de la frontière, à quelques kilomètres de Zakho; ou en Jordanie, où ils attendent désespérément le visa qui leur permettra enfin d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Ceux qui croupissent -- il n’y a pas d’autre mot -- en Turquie sont des réfugiés arrivés en avril 1991, lors du grand exode, et qui n’ont pas voulu retourner en Irak. En Jordanie, leurs compatriotes vivent, relativement, dans de meilleures conditions: ce sont des Chrétiens qui ont tout vendu après la guerre du Golfe, leur maison, leurs meubles, leur voiture, mais qui n’obtiendront probablement jamais leur visa; peu à peu leurs économies fondent, et ils devront rentrer chez eux en ayant tout perdu.

Pourquoi cet acharnement à émigrer?

“Tant que Saddam Hussain sera au pouvoir à Bagdad, les gens n’auront pas d’espoir, ils continueront de vouloir émigrer”, dit Georges , dirigeant de la communauté chrétienne de Souleimania. Les Chrétiens du Kurdistan évoquent facilement leurs problèmes avec le gouvernement de Bagdad: “Le gouvernement de Saddam Hussain considérait les Chrétiens comme des Arabes, explique le père Petros Harboli; on devait suivre les lois faites pour les Arabes, et l’on ne bénéficiait pas des avantages accordés aux Kurdes: pendant la guerre, les Kurdes pouvaient choisir d’être incorporés dans l’armée régulière, ou de l’être dans les forces supplétives, qui restaient au Kurdistan: nous, nous étions envoyés d’office à l’armée et au front... Mais si nous étions Arabes, pourquoi détruisaient-ils aussi les villages chrétiens: c’était un sort réservé aux Kurdes!” Cette inégalité s’observait dans tous les domaines: “Les Chrétiens ne pouvaient pas faire tous les métiers, ajoute le père Petros: ce n’était pas interdit, mais en fait”...

Les relations avec les Kurdes musulmans sont également conflictuelles: “Comme chrétiens, nous vivons toujours dans un état d’inégalité”, affirme le père Petros, qui rappelle qu’un chrétien peut devenir musulman, mais que l’inverse n’est pas toléré. Et si une chrétienne épouse un musulman, ses enfants sont automatiquement musulmans. Dans les écoles, on n’enseigne le catéchisme que s’il y a une majorité d’élèves chrétiens; “s’il y a 49% d’élèves chrétiens, il n’y a pas de catéchisme, souligne le père Petros; mais s’il y a un seul musulman dans une école, le Coran est au programme”.

Chrétiens et Musulmans s’affrontent aussi pour la possession des terres: de nombreux villages chrétiens étaient autrefois exclusivement habités de chrétiens, et il n’y avait pas de problème: tout le monde savait que leurs terres appartenaient aux chrétiens. Mais peu à peu, des Kurdes musulmans sont venus habiter dans ces villages où ils travaillaient comme bergers, cultivateurs; et peu à peu la population musulmane est devenue aussi importante que la population chrétienne... Après le début du soulèvement du général Barzani en 1962, de nombreux Chrétiens ont fui l’insécurité et abandonné leurs villages, et les Musulmans ont commencé à occuper leurs terres. Ce mouvement s’est amplifié en 1970, après la signature de l’accord sur l’autonomie du Kurdistan; et en 1976, après l’effondrement du mouvement du général Barzani. Dans certaines régions où le gouvernement avait installé des familles arabes dans le cadre de sa politique d’arabisation, les villages ont été occupés par des Kurdes musulmans quand les Arabes se sont enfuis devant l’arrivée des troupes alliées en 1991. Et partout les Kurdes musulmans disent: “ces villages nous appartiennent”. Et ils cultivent les terres, que réclament aujourd’hui leurs propriétaires chrétiens vivant à Zakho ou à Bagdad.

Le père Petros Harboli s’est entretenu de ce problème avec les responsables politiques kurdes: soucieux d’avoir de bonnes relations avec les Chrétiens du Kurdistan, ceux-ci ont répondu:”Nous ferons tout notre possible pour vous rendre vos terres, mais il faut que les Chrétiens retournent dans leurs villages”. Le problème, c’est que de nombreuses familles qui ont pris l’habitude de vivre dans de grandes villes ne veulent plus retourner dans les villages: elles veulent récupérer la propriété de leurs terres, mais pas vivre au village. Et les quelques Chrétiens qui ont eu le courage de retourner dans leurs villages vivent dans des conditions matérielles très difficiles: ils campent au milieu des ruines, dans des huttes de branchages, ou sous une tente de toile en plastique, sans moyens pour reconstruire leurs maisons...

Isolés dans un monde musulman avec lequel ils ont des relations conflictuelles, les Chrétiens du Kurdistan sont d’autant plus angoissés qu’ils ont le sentiment d’être totalement abandonnés par la hiérarchie catholique: ”Nous avons un besoin vital de la solidarité de l’Eglise, dit le père Petros. Mais est-ce que le Vatican sait qu’il y a des Chrétiens ici, au Kurdistan? Le Vatican a envoyé en 1991 une délégation à Bagdad, mais est-ce que tous les Chrétiens sont à Bagdad? Qu’ils viennent voir les réfugiés dans les camps. Qu’ils viennent voir les jeunes... L’Eglise n’a pas de rôle positif. Le patriarche de Bagdad fait ce que veut le président de l’Irak; il vit dans son palais, et il ignore la situation des gens qui crèvent de faim sous des tentes: l’ancien patriarche n’est pas venu une seule fois au Kurdistan en 31 ans! Que la hiérarchie catholique -- cette hiérarchie qui commence au Vatican -- mais aussi l’Eglise de France, qu’elles viennent voir les villages, les villes, l’église de Beidar. Nous ne réclamons pas seulement sur le plan matériel. Nous voulons des relations, une visite: on se sent complètement abandonnés. Notre maison s’écroule, au matériel et au spirituel”...

(Croissance, chris-kutschera, Janvier 1995)

Le Kurdistan, dernier refuge des Chrétiens d'Irak

Les minorités ont besoin de lois. Quand il n’y a pas de lois, elles sont les premières à souffrir", affirme péremptoirement Philippe, un chrétien chaldéen (catholique) de Bagdad qui vient d’arriver avec femme et enfants à Ain Kaoua, la banlieue chrétienne d’Erbil, après avoir liquidé tous ses biens à Bagdad. Philippe travaillait à Bagdad pour une société américaine qui a fermé ses bureaux. Sans travail, se croyant menacé pour avoir "collaboré" avec les Américains, inquiet pour la sécurité de ses enfants adolescents, et en particulier pour sa fille aînée, Philippe a préféré prendre les devants, et se réfugier auprès de sa famille au Kurdistan irakien.

Ils sont des milliers à avoir fait comme Philippe, certains s’arrêtant au Kurdistan irakien, la plupart prenant le chemin de l’Europe ou l’Amérique, via la Syrie. Et l’on peut se demander si la communauté chrétienne d’Irak n’est pas condamnée à disparaître, comme la communauté juive, dont il ne reste pratiquement plus un seul membre en Irak. Et pourtant, aujourd’hui, il y a encore en Irak quelque 650.000 chrétiens, dont 250.000 à 300.000 vivent à Bagdad, 50.000 à Mossoul, et 30.000 au Kurdistan.

Une véritable hémorragie

Mais depuis la chute du régime de Saddam Hussain et la montée en puissance des mouvements islamistes, cette communauté est victime d’une véritable hémorragie. Cela a commencé à Basra, où les chrétiens s’étaient installés relativement récemment, pour ouvrir divers commerces et en particulier des magasins vendant de l’alcool. On comptait quelque 500 familles au début des années 1970. Victimes d’attentats, ils ont tous fui, presque immédiatement après la chute de Saddam Hussain.

Cela a continué à Bagdad et à Mossoul, où l’implantation chrétienne est par contre très ancienne, remontant au premier siècle de l’ère chrétienne. Pendant près d’un an, ces chrétiens n’ont pas eu l’impression d’être visés en tant que chrétiens, mais d’être victimes, comme les autres Irakiens, de l’anarchie et de l’insécurité générales.

Mais les incidents graves qui se sont multipliés depuis six mois ont bouleversé les chrétiens qui ne se croyaient pas menacés par les islamistes à Bagdad ou à Mossoul.

En septembre dernier, la maison du père Saba, un prêtre chaldéen de Mossoul, a été mitraillée par des inconnus. Sa faute ? Avoir condamné dans son oraison funèbre les terroristes qui avaient tué deux de ses paroissiens. Le père Saba s’est réfugié à Zakho, au Kurdistan irakien.

Le 8 janvier, le père Charbel, et un novice ont été enlevés à Bagdad, et relâchés au bout de 24 heures.

L'enlèvement de Mgr Casmoussa

Mais c’est l’enlèvement de l’évèque syrien catholique de Mossoul, Mgr Casmoussa, le 17 janvier, qui a semé un vent de panique dans la communauté chrétienne d’Irak. Kidnappé dans sa voiture en pleine ville de Mossoul, Mgr Casmoussa avait été jeté, les yeux bandés et pieds et mains liés, dans le coffre d’une voiture, et emmené dans un repaire des islamistes qui l’ont interrogé sur ses activités, et en particulier sur les relations qu’ils l’accusaient d’avoir avec les Américains. A la fin de cet interrogatoire, un de ses ravisseurs a pris un poignard, et le plaçant sous la gorge de l’évèque, lui a demandé quelles étaient ses dernières volontés. Mgr Casmoussa, a répondu avec le plus grand sang froid : "Que mon sang contribue à rétablir la paix en Irak, et à rapprocher les Irakiens. Je n’ai rien à me reprocher, je n’ai pas trahi mon peuple, je n’ai pas de relations avec les Américains".

Impressionnés par son calme et ses déclarations, les militants islamistes auraient alors décidé d’épargner leur otage, et de le relâcher, en lui disant : "On ne savait pas que vous étiez aussi important". La campagne internationale pour la libération de Mgr Casmoussa, en particulier auprès de certains dignitaires musulmans en Syrie et au Liban, avait fait son oeuvre. Et aussi, selon certaines sources, le versement d’une rançon -- ce que nient les responsables chrétiens irakiens.

Malgré sa fin heureuse, l’odyssée de l’évèque de Mossoul a été "un véritable choc" pour les chrétiens irakiens, et en particulier pour les chrétiens du Kurdistan. Et Diler, consultant pour une ONG d’Ain Kaoua, résume l’opinion générale en disant : "Avant, les attentats visaient indiscriminément tout le monde -- on avait une crise générale. Mais quand ils enlèvent un évèque, le message est clair : c’est nous, les chrétiens, qui sommes visés".

Philippe, son oncle, fait partie de cette minorité de chrétiens de Bagdad et de Mossoul qui ont décidé de rester en Irak, et de s’installer au Kurdistan, dont beaucoup sont originaires, et où ils ont de la famille qui peut les accueillir, à Dohok, Amadia, Erbil ou Souleimania. Mais la plupart sont convaincus que le Kurdistan irakien connaîtra le sort du reste de l’Irak, et "que ce qui arrive aujourd’hui à Bagdad arrivera demain au Kurdistan". Et ils émigrent.

Tout en le regrettant, Mgr Raban, évèque d’Amadia, qui administre aussi le diocèse d’Erbil depuis le décès de l’évèque titulaire début janvier, affirme qu’on "ne peut rien faire pour arrêter l’émigration. On ne peut pas blamer ces gens : ils en ont assez, ils ont des années et des années sans avenir sous Saddam, et maintenant ils sont confrontés au terrorisme. Ils n’ont pas le choix".

"Mais au Kurdistan, conclut Mgr Raban, la situation est totalement différente: A Bagdad et Mossoul, on a affaire à des partisans du Baas, à des voyous, et à des fanatiques musulmans, tout est mélangé. Ici, les mentalités ne sont pas les mêmes, les dirigeants, les chefs kurdes ne sont pas contre les chrétiens, au contraire, ici les Kurdes construisent leur pays, il y a des salaires, il y a un gouvernement, il y a une autorité".

(chris-kutschera,Site Internet de RFI, 1 Février 2005)